mardi 10 novembre 2009

|| LES RABOTEURS DE PARQUETS DE GUSTAVE CAILLEBOTTE ||



I) Présentation de œuvre

  • Titre: Les raboteurs de parquets
  • Auteur: Gustave Caillebotte
  • Réalisation: 1875
  • Type de œuvre tableau
  • Support: Huile sur toile
  • Dimension: 102 x 146,5 cm
  • Conservation: Musée d'Orsay, Paris (don en 1894)
    Genre: scène de genre ( vie quotidienne )



.Lumière sur...


Gustave Caillebotte est un peintre, collectionneur et mécène français né à Paris le 19 août 1848 et mort à Gennevilliers le 21 février 1894, à l'âge de 45 ans.Après avoir commencé des études de droit, il entre dans l'atelier du peintre académique Léon Bonnat. En 1873, il réussit l'examen d'entrée de l'Ecole des Beaux-arts. Issu d'une famille d'industriels, il hérite à la mort de son père, en 1874 d'une fortune suffisamment conséquente pour pouvoir se consacrer à sa passion : la peinture. Il s'en sert aussi pour devenir le mécène de ses amis peintres, parmi lesquels Renoir et Degas. Il finance aussi l'organisation d'expositions impressionnistes.
En 1875, son tableau : " Les Raboteurs de Parquet " est refusé au Salon. Les années suivantes, il exposera au cours de différentes expositions impressionnistes.
A partir de 1876, il commence à collectionner les peintures de ses amis peintres, et se montre très généreux sur les prix auxquels il acquiert ses œuvres Il entre ainsi par exemple en possession du Bal du Moulin de la Galette de Renoir.

Après sa mort, l'Académie des Beaux Arts protesta contre l'entrée de ces tableaux au musée du Luxembourg, en qualifiant cela d' "offense à la dignité de notre école".
Longtemps plus reconnu comme mécène que comme peintre d'importance, Gustave Caillebotte a été redécouvert dans les années 1970. Certaines de ses œuvres se trouvent maintenant au musée d'Orsay à Paris. Très connu aux Etats-Unis, il a fait l'objet d'expositions montées à Houston et Brooklyn en 1976, et au Grand Palais à Paris fin 1994.



.Contexte:


A partir de 1875, après la défaite de Sedan et la chute du Second empire, apparaît la IIIe République. Mais elle n'est réellement considérée qu'en 1875, après une lutte entre monarchistes, bonapartistes et républicains. C'est alors une période de grande rénovation pour la ville de Paris. En effet, c'est là qu'apparaissent les fameux boulevards Haussmanniens symbole de la volonté de modernisation de l'époque. Cette modification architecturales va profondément modifier le tissu social. Les ouvriers sont dès lors repoussés à la périphérie de Paris, loin des quartiers bourgeois. C'est donc une période connue pour sa volonté de changement, tant social que culturel, ainsi que ses nombreux progrès, tout en sachant qu'elle traverse la Révolution industrielle.

 

II) Analyse technique de œuvre



.Description de œuvre

La scène se passe dans un grand appartement de Paris. Trois hommes s'affairent à raboter le parquet, comme le suggère le titre du tableau lui-même. Le dos nus, ils sont agenouillés de façon à ce que l'on ne distingue que partiellement leurs visages. On remarque tout de suite que l'un d'eux est isolé sur la gauche, contrairement aux autres, il est disposé parallèlement à l'arrière plan. Ces coéquipiers, plus en avant lui tournent le dos et semblent discuter entre eux. La séparation est d'autant plus suscitée par le rayon lumineux qui provient de la porte fenêtre du balcon, à l'arrière plan, qui ouvre sur la rue. Outre les ouvriers, l'artiste accorde beaucoup d'importance aux outils utilisés. En effet, sont éparpillés sur le parquet un marteau, une lime, des sacs à outils et une bouteille de vin avec son verre rempli. De plus les ouvriers utilisent des rabots bien visibles, parmi les copeaux jonchant le sol.



.La composition:


Comme on le voit sur le schéma , la perspective du tableau (trait jaune) se limite a une seule pièce, en reprenant les rainures du parquet déjà dessinées. Ainsi, nous distinguons clairement le travail déjà fait de celui en cours et enfin de la partie restant à faire. On remarque l'alignement des deux hommes de droite par rapport à ces lignes de fuites. Elles sont coupées par les gravures rectilignes du mur de l'arrière plan qui suscite un effet de profondeur ( lame du parquet, angle de la pièce ). Les personnages constitueraient les points de forces de œuvre En ce qui concerne les différents plans du tableaux, on peut constater que les deux raboteurs de droites s'inscrivent dans le premier plan, alors que le dernier est volontairement exclu, au deuxième plan, à l'extrémité gauche de la toile. Enfin, le dernier plan nous donne à voir le fond de la pièce, et son balconnet, qui nous laisse apercevoir la rue et ses bâtiments haussmanniens. Le peintre laisse un espace vide au centre de œuvre accentué par la lumière, qui souligne la séparation flagrante des ouvriers.



.La technique utilisée et dessin:



Il utilise la peinture à l'huile pour arriver à un résultat très précis, avec des couleurs plus prononcées. Ainsi il peut donner un effet de lumière par le jeu des ombres et des reflets, et un effet ciré, qui n'est pas possible avec par exemple de l'aquarelle. Le dessin quant à lui, caractéristique de l'impressionnisme se veut très réaliste de par sa netteté des traits, donnant presque un impression de photographie. Il permet une observation pointue des moindres détails du tableau, tel que la musculature des ouvriers, les ferronneries du balcon, ou encore l'alliance que porte celui du milieu.


.Couleurs et lumière:


Ce qui prime dans cette œuvre c'est la lumière, et son utilisation grâce à une palette froide, terne et sombre, aux tons neutres et sévères. En effet on peut constater l'importance de la lumière dans le tableau par le faisceau lumineux provenant de l'extérieur, (voir schéma lignes rouges ) qui traverse distinctement la pièce. D'autre part, l'artiste utilise en parallèle des touches de couleurs chaudes (ocre, marron...) qui contrastent ensuite avec des couleurs plus sombres comme le gris et le noir. On peut supposer la présence d'un glacis, qui donne une brillance et une profondeur aux tons du tableau. La peinture est déposée par petites touches fines et continues qui se rajoutent au réalisme de la toile.


III) Interprétation de œuvre


En donnant un aspect de profondeur, l'artiste offre au spectateur un point de vue dominant sur la scène. Son regard est attiré par la forte luminosité qui se reflète sur les corps nus des trois hommes. Ils ont chauds, ont ôté leurs chemises pour travailler ce qui suggère la dureté de leur travail et l'effort que cela leur demande. La présence de la bouteille de vin accentue leur besoin de se désaltérer. Caillebotte a voulu représenté un sujet réel, mettant en avant le classe prolétarienne plutôt que l'aristocratie, ce qui lui valut de vives critiques étant donné le côté novateur de œuvre. Il met sur le devant de la scène de simples menuisiers, spécialisés dans la pose et l'entretien de parquet, d'habitude laissés dans l'ombre, dénigrés, comme le suscite leur placement dans le tableau, soit au bord du champ de lumière. Cela laisse penser que l'artiste leur offre la possibilité de sortir de cet anonymat, d'obtenir la reconnaissance qu'il leur est dû, face à l'ingratitude qu'on porte à leur métier, tout comme à leur classe.

On reconnaît ici l'aspect impressionniste de œuvre de par son thème dénonciateur d'une réalité dérangeante, mais aussi par l'importance de la luminosité et du rendu du mouvement qui sont caractéristiques du courant impressionniste On peut imaginer que l'apparition de la photographie, en 1839, a influencé les choix de l'artiste, en ce qui concerne la mise en scène et l'effet de réel de œuvre De plus, il dépeint ici un appartement bourgeois des rues Haussmanniennes qui à l'époque, révèle urbanisation qui flotte sur la ville de Paris, sujet qui tient à cœur a Caillebotte.

Bien que "Les raboteurs de parquet" soit l'œuvre la plus significative de Caillebotte, elle n'en est pas moins désapprouvée par les contemporains qui la jugent trop réaliste, bourgeoise et anti-artistique en raison de sa "transparence". Caillebotte ne se cache pas de dévoiler la réalité des conditions de vie de l'homme moderne de ce siècle. C'est la vraie raison pour laquelle les critiques de l'époque ne le considèrent pas à sa juste valeur comme on le fait aujourd'hui, mais plutôt comme le mécène de l'impressionnisme.

D'ailleurs, pour illustrer la volonté de Caillebotte on pourrait citer P-J Proudhon qui dit un jour : "L'art ne s'est occupée jusqu'à présent que des dieux, des héros et des saints; il est temps qu'il s'occupe des simples mortels..."

 

.Avis personnel : Cette œuvre nous a attiré non pas pour son esthétisme, qui n'en est pas moins présent pour autant, mais pour sa portée, pour le problème qu'elle dénonce. C'est ainsi que Gustave Caillebotte se distingue, selon nous, des autres peintres impressionnistes. C'est probablement de cette façon qu'il s'en éloigne aussi, mais il n'empêche qu'il est capable de faire passer des messages importants par ses peintures et cela en maitrisant grandement sa technique. Ce tableau nous " impressionne " par ailleurs par le réalisme dont il fait preuve, car, la première fois qu'il nous est apparu, ce n'est pas face à une œuvre picturale que nous pensions être mais devant une photo. [ On apprécie donc beaucoup œuvre et puis de toute façon c'est la seule qui restait... vu que Kim et Maxime pour ne pas citer de noms nous ont piqué notre premier choix. ]

 



 Loriane et Laura..

5 commentaires:

J-Christophe Diedrich a dit…

Assez bonne analyse, cependant, je ne suis pas d'accord avec vous quand vous dites que ce tableau représente par sa technique l'impressionnisme.... L'hyper réalisme ne caractérise pas ce courant....ok cependant sur la composition,le sujet qui sont impressionnistes.

Lucine Roland a dit…

Petit problème sur ce site le contexte historique; "A partir de 1875, après la défaite de Sedan et la chute du Second empire, apparaît la IIIe République. Mais elle n'est réellement considérée qu'en 1875, après une lutte entre monarchistes, bonapartistes et républicains.". La IIIème République apparaît en 1875 mais n'est considérée qu'en 1875?
A part ça, bonne analyse... Qui m'a été très utile pour l'histoire des arts.

Bricolaure a dit…

Merci pour cette superbe analyse, qui m'aidera énormément pour mon exposé ! L'article est très complet, et contient toutes les informations dont j'avais besoin ! Mon sujet était de confronter le tableau à la citation de P.J Proudhon, et je n'espérais pas trouver un blog qui le ferai !

Laure

Albanoh Mesadecourt a dit…

Merci beaucoup, ça m'a énormément aidé pour mon travail !!
(désolé pour les éventuelles fautes d'ortographe, mais je n'ai pas eu de professeur de français durant ces deux dernières années.)
C'est vraiment complet et facile a comprendre, même pour moi qui suis en 4eme.

Matthéo BAZOGE a dit…

merci infiniment grâce a vous on se tapera pas un 0 en francais