dimanche 16 novembre 2008

|| Le Cri – Edvard MUNCH ||


{ PRESENTATiON DE L’ŒUVRE

  •          Titre de l’œuvre : Le Cri
  •         Auteur : Edvard Munch
  •         Date de réalisation : 1893
  •          Type : Tableau
  •         Support : Carton
  •         Dimensions : 91 x 73 cm
  •         Lieu de conservation : National Gallery, Oslo
  •          Genre : Allégorie
  •         Contexte historique : Ce cri tragique a été poussé dans la société scandinave, conformiste, puritaine et bourgeoise de la fin du XIXème siècle. Mais il faut voir en Edvard Munch un avant-gardiste qui sera, au même titre que Van Gogh ou Schiele, un des précurseurs de l’art du XXème siècle, marqué par une importante révolution dans la perception picturale. En effet, en réaction à l’impressionnisme se développent plusieurs courants révolutionnaires. L’expressionnisme d’abord, qui apparaît en Allemagne vers 1905. Ce mouvement antinaturaliste se propose d’explorer les méandres de l’âme humaine et la fascination de la mort avec une violence paroxystique, visible dans la représentation des corps et des visages torturés, ou encore de paysages angoissants. Cette école picturale reste très proche du fauvisme, né au même moment en France, et qui quant à elle porte à l’extrême le principe de liberté de perception issu de l’impressionnisme. Le fauvisme est, selon Derain, l’« épreuve du feu » de la peinture. Révélé au public de manière spectaculaire lors du Salon d’Automne de 1905, le mouvement initié par Matisse affirme l’autorité de l’artiste dans le choix de couleurs autonomes, tout en tenant compte de la leçon synthétiste de Gauguin.

 { LUMiÈRE SUR… EDVARD MUNCH

Fils d’un docteur militaire ayant de fortes convictions religieuses, Edvard Munch vient au monde en 1863 à Loten, en Norvège. Les revenus de ses parents sont modestes, mais de son enfance, Edvard Munch retiendra surtout la maladie et la mort qui endeuillèrent sa famille, puisqu’il est à peine âgé de cinq ans lorsque sa mère et sa sœur décèdent des suites de la tuberculose. Ces décès lui donneront le goût des représentations morbides qui traitent avec brillant la psychologie humaine la plus sombre et la solitude des êtres.

En 1885, Munch se rend à Paris pour une courte excursion, où il est surtout influencé par l’impressionnisme. Il commence alors à peindre, sous le regard attentif de son professeur de l’époque qui n’est autre que le peintre naturaliste le plus célèbre de Norvège, Christian Krohg. En 1889, il retourne à Paris, mais cette fois-ci avec une bourse, et devient l’élève de Léon Bonnat. Un an plus tard, il fait la connaissance de Gauguin, dont il reçoit la plus forte impulsion. Ainsi, dans la célèbre Mélancolie, de 1892-1893, Munch, tout comme le maître français, peint par larges aplats délimités par des contours sombres. Le dernier séjour parisien (1896-1898) se situe pendant la grande époque du symbolisme, période riche en évènements artistiques, en prises de position et en manifestes. Munch expose à la galerie Art Nouveau - si réputée qu'elle donne son nom à un style - et aux Indépendants. Il faut cependant attendre l’automne de l’année 1892, pour que Munch, grâce à une large représentation de son art, parvienne à se faire connaître du grand public. Car si son exposition est très contestée, l’artiste acquiert une certaine popularité. 

Invité par l'Association des artistes berlinois, Edvard Munch s’installe à Berlin et devient un familier des cercles philosophico-artistiques dominés par l'ombre pesante et tragique de Nietzsche et par d’autres personnalités de Stindberg telles que le poète Polonais Stanislav Przybyszewski, le sculpteur norvégien Gustav Vigeland ou encore l'historien allemand Jules Meier-Graefe. En décembre 1893, au cours d’une exposition au Unter den Linden, il montre six peintures appelées « la Frise de la Vie », dont fait partie Le Cri, qui le rendra célèbre. Le succès de son œuvre provoque la fondation de la Sécession.

C'est à Berlin que Munch exécute ses premières lithographies et ses premières pointes sèches, puis les eaux-fortes et les gravures sur bois. Il deviendra un maître dans ces diverses techniques, reprenant sans cesse les thèmes de ses tableaux. Sa réputation est telle que, revenu à Paris, il reçoit moult commandes pour illustrer des ouvrages ou peindre des portraits. Son activité de décorateur est elle-aussi considérable : après la Frise de la vie qui avait été exposée aux Indépendants en 1897, il travaille pour des mécènes allemands et scandinaves. Une série de peintures de paysage de fjord de Christiana, décoratives et sensibles de la nature, est considérée comme un des points culminants dans le symbolisme nordique. Mais son œuvre majeure reste la décoration de l'aula de l'université d'Oslo, à l'époque Christiana. Seulement, son art est qualifié de "dégénéré" par les nazis, et plus de 80 de ses œuvres exposées dans des musées allemands seront vendues.

Sa vision artistique fut souvent condamnée ou mal comprise, car comme Van Gogh, Munch appartient aux personnes ayant une certaine révolte, et dont l’activité créatrice et l’inspiration violente est indissociable d’une vie marquée par des évènements dramatiques. L’abus d’alcool aggrave son déséquilibre psychique, si bien qu’en 1908 il fait une grave dépression ; il ressasse jusqu’à la torture une tragique histoire d’amour qui se serait soldée par une fusillade dont il serait sorti blessé à la main gauche. Il n’oubliera jamais cette humiliation, jusqu’à l’obsession. Il meurt dans sa propriété d’Ekely, au bord du fjord d’Oslo, le 23 janvier 1944.


 { ANALYSE TECHNiQUE DE L’ŒUVRE

                . : Description de l’œuvre

A propos de son œuvre, Edvard Munch écrit :

« Je me promenais sur un sentier avec deux amis — le soleil se couchait. Tout d'un coup le ciel devint rouge sang. Je m'arrêtais, fatigué, et m'appuyais sur une clôture. Il y avait du sang et des langues de feu au-dessus du fjord bleu-noir et de la ville. Mes amis continuèrent, et j'y restais, tremblant d'anxiété. Je sentais un cri infini qui se passait à travers l'univers et déchirait la Nature. »

Au premier plan, titubant contre la balustrade d’un pont qui domine la mer soulevée comme par un spasme, un être hagard se serre les tempes à deux mains et crie sous un ciel sanglant. Dépourvu de cheveux, les traits émaciés et le teint cadavérique, le personnage qui nous est donné à voir semble avoir été totalement déshumanisé par l’artiste. Silhouette fantomatique tout de noir vêtue qui ondule et flotte dans les airs, est-ce véritablement un être humain à part entière qui est représenté ici ou bien la représentation d’une âme tourmentée, voire, osons le mot, aliénée ? De même, l’expression de stupeur qui habille ses traits n’est-elle pas l’empreinte de la mort qui étend ses longues griffes sur une âme de malheur et  lui arrache un cri d’agonie, aussi brusque et saisissant qu’un fracas de cymbales ?

Deux ombres s'éloignent dans le lointain, leurs hauts-de-formes sur la tête, abandonnant le personnage principal – qui n’est autre que le peintre lui-même si on en croit la note associée à l’œuvre – sur le ponton qui surplombe un fjord, avec à droite, un vertigineux précipice. Enfin, on distingue en arrière plan des montagnes d’un bleu sombre qui, par contraste, se détachent du rouge ardent du ciel. 

. : Composition

La barrière et le sol du pont forment des lignes de force qui convergent vers un point de fuite situé à gauche et donnent ainsi profondeur et perspective au tableau. De plus, si l’on en croit la large bande verticale qui longe le bord droit, le sens de lecture du tableau doit s’effectuer de la droite vers la gauche. Mais ce qui est le plus intéressant à remarquer dans cette composition reste sans doute l’attitude du personnage central, tourné vers le spectateur, si bien que celui-ci se sent irrémédiablement impliqué, comme si le cri qui s’échappait de cette bouche béate lui était, dans une certaine mesure au moins, adressé.

. : Technique utilisée : Pour cette représentation, Edvard Munch a choisi de peindre à l’huile, à la tempera et au pastel sur du carton.

 . : Dessin  :  Les touches de peintures sont épaisses, tortueuses et inclinées différemment selon l’effet voulu ; les mouvements du pinceau expriment à eux seuls une émotion, un cri, symbolisé par les courbes qui déforment le paysage. Et si on observe le ciel de sang avec ses courbes sinueuses, on comprend aisément l’expression « langues de feu » employée par l’artiste. En ce qui concerne les traits et les contours, ceux-ci sont flous, comme s’ils vibraient encore sous la puissance de ce cri tragique. On note l’irréalisme des couleurs et l’usage presque systématique de la déformation dans une tentative de réinterprétation de la réalité avec de nouvelles combinaisons de forme et de couleur.

 . : Les couleurs : L’opposition des couleurs chaudes et froides que sont le rouge-orangé et un bleu presque noir, couleurs opposées donc mais surtout complémentaires car situées l’une en face de l’autre dans le cercle chromatique, est pleine de symboles. Le rouge d’abord, qui renvoie au feu, au sang et à la souffrance ; et puis le bleu-noir qui lui symbolise la mort, le vide, l’absence de vie.


{ iNTERPRETATiON DE L’ŒUVRE

                . : Le sens de l’œuvre

Proche par sa culture de la philosophie de Schopenhauer et surtout  de Nietzsche dont le pessimisme radical l’a fortement influencé, Edvard Munch entreprend une série de tableaux dans lesquels rôde le thème omniprésent de la mort. Sa conception de l’humanité est d’un pessimisme effrayant. Munch s’acharne à vouloir percer les mystères de l’âme humaine à partir des images qui le hantent depuis longtemps, principalement les événements tragiques de son enfance, comme la perte de sa mère et d’une de ses sœurs qui moururent toutes deux de tuberculose. Ainsi, à travers son Cri, Edvard  Munch traduit ses obsessions et invente ainsi le style de l’angoisse. L’effet d’enroulement du tableau agit tel un tourbillon d’angoisse et de tourments, un cercle vicieux auquel on ne peut échapper.

Renommé « Désespoir » par certains critiques qui voyaient dans cette œuvre les sentiments de l’artiste au sujet de l’Amour et du sexe, ce cri tragique de l’horreur existentielle doit plutôt être entendu ici dans son acceptation clinique : « la sueur par expression, écrit Littré, se dit des gouttes de sueur qui se montrent sur la face de ceux qui souffrent une angoisse extrême, et, particulièrement, sur celle des agonisants ». Il manifeste la pesée extrême du tourment intérieur et traduit l’acte par lequel l’homme se délivre de ses terreurs. La contemplation de cette œuvre, hallucinée, conduit à opérer aux tréfonds de notre conscience une recherche du souvenir, telle une véritable psychanalyse. Le Cri s’apparente comme le témoin d’une crise existentielle.

            . : Contextualisation et portée de l’œuvre

Edvard Munch représente la contribution inattendue de la Norvège à l’épanouissement de la peinture et de la gravure au XXe siècle. La toile intitulée Cri, exécutée en 1893, est un exemple typique de l'expressionnisme qui traduit l'acte par lequel l'homme se délivre de ses terreurs. Mais pour comprendre combien Munch a été un précurseur, il faut avoir à l'esprit que le mouvement expressionniste, essentiellement germanique et nordique par ailleurs, ne commença qu'en 1910, alors même que la période expressionniste de Munch était révolue.

Avec son tableau oppressant, Edvard Munch annonce la naissance d’une esthétique radicalement opposé à l’Académisme : l’expressionnisme, dominé par une tension psychologique introspective. Cet art de distorsions, de déformations et d’exacerbation des sentiments glorifie le style de l’angoisse et illustre le malaise de la civilisation.  L’expressionnisme rejette la modernité, le progrès et la Révolution industrielle – même si on dénote une fascination horrifiée pour la ville moderne – et reprend certaines notions de psychanalyse freudienne, notamment dans sa tentative d’investigation de l’Inconscient, comme Munch le fait si bien. Sa portée sera immense dans l’art occidental tout au long du XXe siècle. La technique spontanée et le contenu sans concession de ses œuvres, conséquences d’une expérience existentielle douloureusement assumée, marqueront sensiblement – mais dans des circonstances idéologiques contradictoires – de nombreux « fils spirituels », notamment les représentants expressionnistes et néo-expressionnistes européens et américains, depuis Die Brücke jusqu’à Georg Baselitz, en passant par Cobra, Francis Bacon ou encore Bengt Olson, pour ses « dépaysages » extatiques.  Certains voient en cette œuvre et en l’expressionnisme en général une radicalisation du Spleen de Baudelaire, qui use quant à lui de mots et d’images poétiques pour faire ressortir ces mêmes impressions d’oppression, de tourment et de crainte.

 Cependant, l’œuvre de Munch ne fait pas l’unanimité. Une attaque stupéfiante d’un critique de droite en Norvège pesta contre cette « dégénérescence », et protesta contre le fait que l’artiste  percevait des fonds de l’Etat. La violence du langage utilisé n’aurait pas été déplacé parmi les nazis et leur campagne « l’art dégénéré » des années 30. Aussi, grand nombre des œuvres de Munch ont été vendu à cette époque. Néanmoins, les amis de l’artiste continuaient à le soutenir avec sa glorification de l’irrationnel et du symbolisme, perçue comme une menace du rationalisme et du matérialisme bourgeois.

. : Avis personnel

Dément, angoissant, fascinant, psychotique, les mots ne manquent pas pour qualifier l’œuvre d’Edvard Munch. Il semble y avoir dans cette représentation toute l’âme de l’artiste, une âme de malheur faite de ténèbres qui crie à l’agonie. Si on ne parvient à entendre cet appel au secours déchirant d’humanité et de désarroi, on le ressent néanmoins dans la moelle de nos os et dans chaque fibre de notre corps ; et on éprouve à la vue de cet être pétrifié de stupeur une sorte d’horripilation de la chair, sinon un malaise angoissant qui nous oppresse. Nous nous égarons nous-mêmes dans ce tourbillon de tourments et d’angoisse, et nous voilà pris de vertige, comme si le sol se dérobait sous nos pas et que nous tombions dans un gouffre sans fond. C’est alors que se ressurgissent de sentiments et des émotions jadis familiers. Le Cri apparaît alors comme l’empreinte sonore de nos souvenirs, et par la quête dans les replis de notre âme à laquelle nous procédons malgré nous, la texture de la toile ressemble à un miroir dans la profondeur duquel se reflète et s’abîme notre conscience.

GAiBLE Marine et VOLOSCiUC Alice 

19 commentaires:

I-love-JB a dit…

Merci beaucoup! cela va beaucoup m'aider pour mon épreuve d'histoire de l'art car cette année pour avoir le brevet il faut passer cette epreuve qui est orale :/ Et j'ai donc choisi "Le cri"!

letnaLOV a dit…

Merci cela ma beaucoup aidé pour mais révision pour mn brevet é mais devoir merçi beaucoup ! <3

tbd a dit…

Merci beaucoup j'aime ce que vous faite pour les élèves qui vont présenté ce tableau et sa a beaucoup m'aidez pour mon brevet parce que j'ai choisi de présenté Le Cri :D

Maggiella a dit…

Bonjour, je voulais vous remercier pour cet article. J'ai choisi "le Cri" en sujet d'histoire des arts & grâce à votre article, je l'ai terminé mais surtout, ce tableau m'a beaucoup intéressée, je ne voyais pas toutes ces choses au début.
Encore merci.

Audrey Stoones a dit…

Merci, cela nous aide beaucoup pour notre oral d'histoire des arts !

M3G4_TUT0 a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
M3G4_TUT0 a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
M3G4_TUT0 a dit…

Un grand merci aux auteurs de ce blog pour m'avoir fait récolter un 18,56 à l'oral d'histoire des arts de l'année dernière! Merci à vous :D

Nathsou.fr a dit…

Merci beaucoup d'avoir publié votre travail, cela me sera très utile pour mon épreuve.

Laure-Anna Carron a dit…

désoler pour ce commentaire mais certains informations sont fausses alors il faudrait vraiment mettre les vrai informations .Merci parceque ce ne serait pas très judicieux de dire s devant un jury .

shen plkraf a dit…

merci! sa va beaucoup me servir a la fin de l'année j'espère que c'est pas du faux. sinon merciiii :*

Estelle Capocci a dit…

Merci énormément pour cette analyse.Comme vous avez put le remarquer, nous sommes nombreux à passer/ à avoir passé notre épreuve d'histoire des arts, et cette analyse est d'une très grande aide ! Mis à part le fait qu'elle soit construite et précise, elle nous apprend certaines choses sur l'oeuvre dont on avait pas idée, et qui sont juste essentielles ! Merci encore.

Ines de Mohrenschildt a dit…

Merci beaucoup je passe demain pour mon oral blanc d'histoire des arts et j'ai trouvée toutes les informations qu'il me fallait vous m'avez été d'une grande aide ...

Delena Mylovestory a dit…

Merci beaucoup pour la description, cela m'a bien aidé et vous m'avez un peu "sauvé la vie"!

Marine Purple a dit…

Bonjour ☺️ Alors en fait pour l'épreuve d'HDA je voudrai faire le cri mais le problème c'est que je ne sais pas si cela convient puisque il faut une œuvre du XXe siècle... Or le cri est de 1893 (c'est presque XXe siècle mais bon on sait jamais) donc si quelqu'un pense savoir si le cri de Munch serait valide, n'hésitez pas à m'en informer. Voilà. Bonne fin de soirée 💖 Marine

zacharie yague a dit…

Merci pour les poissons je me suis trop bien amusé et surtout pour votre blog

Marie Debonnet a dit…

Je passe Lundi mon épreuve d'HDA et j'ai une chance sur cinq que "Le Cri" soit pris. Donc au cas où se serait le cas, votre article aura été d'une grande aide ! :)

Karim Rouat a dit…

merci sa me donne une oeuvre en moin a trouve

JuUul s a dit…

Bonjour, serait-il possible de savoir les sources qui vous ont permis de réaliser ce commentaire très complet. Merci d'avance