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jeudi 4 février 2010

Lucian Freud, un génie du portrait ?

-Dans la famille Freud, je voudrais le petit-fils...
- Sigmund ?
- Non, le petit-fils, Lucian, né en 1922 à Berlin. Ville qu'il a rapidement quittée pour l'Angleterre en 1933, au moment où Hitler et ses sbires antisémites prenaient le pouvoir.
Jeune homme, Lucian Freud entre à l'école des arts et métiers de Londres. A ses débuts, juste avant la guerre, il peint déjà des portraits de femmes et d'hommes dans un style intégrant à la fois la technique flamande (avec le souci du détail) et les proportions et attitudes simplistes et parfois naïves des peintres surréalistes.
Le portrait de sa première femme Kathleen Garnan illustre cette double influence mais surtout la maîtrise technique du peintre (observez par exemple les reflets du regard).

C'est au milieu des années 1950 qu'il change une première fois de style, il privilégie désormais la peinture au dessin. POur cela, il décide d'accentuer la texture en adoptant une brosse dont les poils laissent des traces sur la toile. La surface est découpée par les couleurs. La peau est l'objet de toute son attention, elle en devient son paysage, son art. La peau qu'il représente de plus en plus marbrée se décline en une large palette de couleurs, le plus souvent audacieuses. La carnation est désormais au cœur de son œuvre, la froideur cruelle de ces corps, son style.

Autoportrait 1962

Ce style est en effet, de plus en plus marqué. Ses nus autant que ses autoportraits lui permettent d'acquérir un certain succès au sein de ce qu'on appelle l'Ecole de Londres (composée de peintre comme Ronald B. Kitaj, Michaels Andrew) et à côté de l'autre grand peintre britannique de l'époque Francis Bacon.

A partir de 1977, la représentation des corps gagne encore en vérité grâce à une plus grande maîtrise des empâtements et à l'utilisation du blanc d'argent (appelé aussi blanc de cremnitz) qui renforce la luminosité et le relief des compositions.

Autoportrait 1985

Au début des années 90, Lucian Freud change encore son style et choisit délibérément d'épaissir encore son trait, accentuant les empâtements en prenant le risque de quitter cette représentation figurative et fidèle des corps pour flirter avec des représentations entre le génie et l'échec. Vieillissant, il ne demeure néanmoins pas dans le confort de son art maîtrisé et se met en danger.....Est-ce cela le génie ? Hector Obalk le pense dans son reportage consacré à ce peintre.
Autoportrait 1993


Voici un extrait de Grand'art, avec une belle étude d'une nature morte inédite, le lavabo.


Grand' Art - Lucian Freud 2

jeudi 9 octobre 2008

PORTRAIT DE JULES GREVY - LEON BONNAT






Portrait de Jules GREVY, président de la république (1807-1891)






Bonnat, Léon Joseph FLORENTIN (1833-1922)

I - PRÉSENTATION

Auteur : Bonnat Léon, peintre qui fait partie du courant académique (style pompier). Reconnu et célèbre pour ses portraits officiels (ex : Jules FERRY 1888).
Mais il est aussi l'auteur de compositions académiques (ex : Jeune fille romaine à la fontaine 1875).
Il est nommé professeur à l'école des beaux arts en 1880 et chevalier de l'Ordre du Mérite en 1915.
Grand amateur d'art il a légué ses collections au Louvre et au musée de Bayonne, qui porte son nom. Il a été le professeur notamment de Charles Laval et Gustave Caillebotte.


Date de réalisation : 1880
Type : huile sur toile
Dimensions : 152x116 cm
Genre : portrait académique
Lieu de conservation : Versailles, musée national du Château et des Trianons
Contexte historique : Jules Grevy est un homme politique français. Il se distingua par ses idées et sentiments républicains.
En 1868, il s'opposa à la déclaration de guerre contre l'Allemagne. Il fut élu président de l'assemblée nationale en 1871. Puis à la chambre des députés et succéda à Mac Mahon à la présidence de la république en 1879. Il est opposé à l'idée de revanche et d'entreprise coloniale. Il fut réélu en 1885, cependant il fut obligé à démissionner en 1887 après le scandale des décorations.

II - ANALYSE TECHNIQUE

Description de l'oeuvre : c'est un portrait, Jules Grévy est un homme d'une cinquantaine d'année à mi-corps de face qui occupe la presque totalité de l'oeuvre.
Ses habits sont sombres. En effet, il est vêtu d'un costume noir, d'une chemise blanche qui apparaît légèrement au col et aux manches.
Le décor est composé d'une table en bois, dans laquelle sont gravés des dessins fins dorés, ses pieds représentent des têtes de tigre.
Sur cette table sont déposés 3 livres. Jules Grévy a une barbe grise, est dégarni sur le dessus du crâne.

Technique utilisée : précision quasi photographique, les contours sont nets, la peinture est lisse. Perfection absolue des détails aussi bien sur le visage,
les vêtements que la table.

Dessin, couleurs, lumières : la lumière provient de la droite. Ainsi, le visage et les mains sont plus clairs. Ceci permet à l'auteur de mettre en évidence le personnage
représenté. Bonnat a aussi établi des contrastes clairs obscurs grâce à la noireté indistincte de l'arrière plan et au teint rosé de Jules Grévy.
Mais aussi grâce, à la chemise blanche qui se laisse entrevoir et au costume noir. Par ailleurs, la table qui est le seul élément de décoration est mise en évidence grâce
à sa couleur brune car c'est le seul point de couleur sur le portrait.

III - INTERPRÉTATION

Ce portrait officiel qui devait être exposé dans un lieu public traduit une nouvelle image du pouvoir. Jules Grévy est perçu comme un président imposant, digne de son titre. Par ailleurs,son air stricte laisse à penser à un personnage sérieux, imperturbable qui saura prendre les problèmes en main.
Sa position droite donne à voir quelqu'un d'honnête et exprime une certaine gravité souveraine. Cette image est pratiquement idéalisée mais aussi un caractère hiératique par la taille du personnage sur la toile par sa posture.

IV - LA CONTEXTUALISATION

Ce portrait officiel normalement destiné aux mairies, préfectures, chambre du commerce ou ambassade et servir comme cadeau diplomatique fut reproduit grâce
à la photographie. En effet, ce sont les reproductions photographiques qui furent distribuées, ceci a permis de diffuser rapidement le portrait de celui qui incarne la République.
Par ailleurs, que ce soit en portrait photographique ou sur un portrait peint, Jules Grévy se fait représenter dans une posture imposante, son regard lointain lui donne une attitude droite et juste. Contrairement, au portrait officiel (peint) le portrait photo, en noir et blanc, reflète le président comme quelqu'un de plus âgé et autoritaire, les traits du visage sont moins nets. Ainsi, on assiste ici à un contraste entre le portrait peint presque idéalisé et le véritable physique de Jules Grévy.